La saga du spectacle SLAV et de ses accusations d’appropriation culturelle ont fait couler beaucoup d’encre au Québec. Comme le débat est très polarisé, je propose ici de regarder un peu ailleurs ce qui se passe sur notre belle et grande planète en matière d’accusation d’appropriation culturelle.

Allons à Séoul, en Corée du Sud, où la chaîne de TV web VICE a fait un excellent reportage sur un groupe de 4 hommes blancs (un des hommes est moitié asiatique) des États-Unis, qui essaie de percer dans le monde du K-Pop (musique pop coréenne). Voici la vidéo en question:

Le fait que 4 hommes blancs tentent de percer dans ce domaine a de quoi être surprenant, puisque très peu de non-coréens sont présents dans cette scène musicale (qui est en passant gigantesque, avec des revenus générés de plus de 5 milliards US par année!). Donc oui surprenant, tout comme n’importe quelle minorité qui fait ses premiers pas dans une sous-culture plutôt uniforme jusque-là. Mais est-ce suffisant pour parler d’appropriation culturelle?

Plusieurs pensent que oui. Comme on peut le voir à 13:15 de ce vidéo, il y a plusieurs autres Youtubeurs qui s’opposent totalement à ce que des hommes blancs puissent faire partie d’un groupe de K-Pop. Là où ça devient vraiment intéressant, c’est de voir d’où fusent les critiques. Force est de constater que la plupart des critiques viennent de Youtubeurs non-coréens, non-asiatiques, s’exprimant parfaitement en anglais.

Alors si les Coréens eux-mêmes ne sont pas offusqués par le fait qu’un boys-band de blancs becs vient s’installer à Séoul apprendre leur langue et contribuer à cette scène K-Pop, alors pourquoi des anglophones vivant sur d’autres continents viennent-ils s’y opposer si fermement? La réponse est probablement la même que pour le débat qui a fait rage autour du spectable SLAV: les opposants les plus vocaux sont pour la plupart des activistes d’extrême-gauche, issue des milieux universitaires anglophones.

Ceux que l’on nomme les Social Justice Warriors (SJW) pour se moquer un peu d’eux, sont présents un peu partout sur les campus des USA et du Canada et mènent de front une guerre pour faire avance le féminisme, les droits civiques et la protection des minorités. Jusque-là, je n’ai aucun problème avec leur agenda. Je partage plusieurs de leurs idées de gauche. Là où le bât blesse, c’est dans leur manière de faire. Le renforcement du « politiquement correct » dans les universités, les médias et la politique en Amérique du Nord est un peu leur héritage. En dehors de leur opinion, point de salut. Quitte à traiter les gens de racisme et d’intolérance au passage, s’ils ne sont pas du même avis qu’eux.

Là où les sagas de SLAV et de ce groupe de K-POP se rejoignent, c’est qu’ils ont goûté à la médecine de ces activistes de gauche. Accusations d’appropriation culturelle lancées par des activistes qui se sont appropriés eux-mêmes la cause d’un groupe culturel tier. Belle ironie.

Car on va se le dire franchement, la plupart des gens qui ont crié haut et fort contre le spectacle SLAV ne sont pas des descendants des esclaves du Sud des États-Unis, dont les chants ont été repris dans le spectacle. Cette cause n’est pas la leur. Cela ne veut pas dire que leur cause n’est pas valable, qu’elle ne soit pas animée par de bons sentiments. Mais d’un côté comme de l’autre, je crois qu’il faut essayer de saisir les nuances de ce qui est en jeu et surtout de ne pas censurer. Autant il est injuste d’associer la démarche d’un Robert Lepage à du racisme, il le serait tout autant de vouloir museler un groupe de gauche qui peut faire avancer notre réflexion. On ne combat pas une injustice par une autre.

 

K-Pop et espoirs brisés

Pour en revenir au groupe de K-Pop, je voulais terminer avec ce que ces tentatives de censure m’amènent à penser et à ressentir bien personnellement. En tant que membre du très sélect club des hommes blancs d’Amérique, ce que je comprends est ceci: en dehors de ton habitat naturel, fais-toi tout petit (et si possible, reste donc chez toi!).

J’ai grandi dans le années 80 dans un environnement féministe où j’ai souvent vu répéter que les petites filles pouvaient aspirer à devenir ce qu’elles voulaient. Médecin, pompière, astronaute… J’ai cru bien naïvement que ce message s’adressait également à moi, que l’on pouvait être ce que l’on voulait. Que notre genre et nos origines ne devaient pas être un frein à nos ambitions.

Et bien aujourd’hui j’ai compris que je ne peux pas être une star de K-Pop.

– Louis M.