L’autre jour je fabriquais des bracelets avec mes enfants. J’ai choisi au hasard des billes roses et mauves pour les enfiler et faire un joli bijou.

« Tu as choisi des couleurs de filles » m’ont dit de suite mes enfants! Hum…que répondre à ça? C’est vrai, on associe à peu près sans exception le rose aux filles. Je ne peux pas leur dire le contraire. C’est une façon simpliste de voir le choses et pour des enfants ça aide à comprendre le monde. Les filles sont roses et les garçons sont bleus. Simple.

Mais ça m’a fait réaliser qu’en tant qu’homme adulte, le rose est à peu près absent de ma vie. Je n’ai pas de vêtements, d’accessoires et ni même d’objets roses. Pourtant j’en ai plein des objets! Ce n’est pas comme si c’était un hasard que cette couleur ne se retrouvait pas dans mes possessions matérielles. Je l’ai exclue systématiquement de ma vie. Pourtant je ne suis plus un enfant et je sais très bien reconnaître un homme d’une femme. Pas besoin d’un dessin, rose ou blue, pour que je puisse faire la différence.

Je l’ai exclue cette couleur, mais je pourrais aussi dire que je m’en suis privé.

Alors pourquoi les hommes adultes nous privons-nous de cette couleur? Parce qu’on nous dit que le rose est une couleur de filles quand nous sommes enfants? Oui, mais ce serait trop simple si ce n’était que ça. La vérité selon moi c’est que nous rejetons tout ce qui est féminin. Nous l’avons en dégoût, comme si la féminité pouvait entacher notre masculinité. Parce que notre éducation et notre environnement fait que nous pensons être vulnérable si nous affichons des couleurs qui ne vont pas de pair avec notre virilité. La vérité c’est que nous avons terriblement peur d’être nous-même.

On renie le féminin et donc on se prive. Pour s’en convaincre, il faut comprendre que la palette des couleurs est limitée. Si nous disons (totalement non scientifiquement) que le rose et le mauve représentent 20% du spectre de toutes les couleurs, se priver du rose et du mauve ce serait se priver de 20% de la réalité chromatique. C’est aussi se priver de 20% du sac de Skittles. I want to taste the rainbow, tsé.

À ce que je sache, les femmes ne se privent pas de couleurs. Et pourtant on leur dit depuis qu’elles sont petites que le bleu c’est une couleur de garçon. Ah oui, j’oubliais, elles portent des pantalons aussi. Des blue jeans même. Et elles sont encouragées à faire des métiers qui ne sont pas traditionnellement féminins. C’est ce que j’appelle ne pas se priver de couleurs et c’est très bien ainsi.

Fun fact: le magenta n’existe pas. Quand nous voyons du rose, c’est que notre cerveau nous dit que « ce n’est pas du vert ». Le rose que nous croyons voir est une pure construction de notre esprit. Quand on y pense, on donne beaucoup de signification et d’emprise sur nous à une couleur qui n’est que le fruit de notre imagination.

Alors pour nous aider à combattre notre peur bien masculine de s’identifier à quoi que ce soit de féminin, je déclare officiellement le rose la couleur masculine de l’année. Aux grands maux, les grands moyens!

-Louis M.